Une MDame. Un Indien. Mal barre pour la fabrication de bébés. Qu'ils disaient... Bienvenue chez les infertiles primipares, multigestes, miraculés de la statistique.
Il est souvent dans ma tête pour le moment.
Il flotte.
Je le revois, tout petit sur une photo que je ne voulais pas regarder.
Je pense à tout ce qu'il chavirait en moi, aux drôles d'envie, aux drôles de besoins, aux drôles de douleurs.
Je me souviens de tout ce qu'il m'a appris et que je tente vainement de revivre aujourd'hui.
Je me rappelle avoir follement rêvé de vivre ma vie avec lui.
Je me souviens des médecins qui disaient : il prépare la place.
Et puis il y avait le reste.
Un homme qui ne voulait pas en être un. Qui est parti parce qu'il avait compris qu'il ne voudrait jamais.
Des études à terminer, des parents qui n'auraient pas été là.
La pilule que je prenais, même si elle ne devait "servir à rien qu'à réguler", pour ne pas avoir à faire ça.
J'étais encore tellement petite.
Si j'avais vu l'avenir, si j'avais su...
Des remords? Oui, et je n'ai que celui-là.
Il aurait 10 ans.
Ne me lynchez pas.
Je me lynche déjà toute seule, et je le fais très bien, très fort, à chaque visite chez le médecin, à chaque cacheton de Clomid, en me piquant le ventre vide, en me tapant la tête au mur.
J'avais peur de le dire, de vous l'écrire, mais il fait partie de ce chemin-ci.
A chaque nouvel examen, je suis obligée de parler de Lui.
Il a laissé une petite cicatrice dans mon ventre.
On dit qu'il augmente mes chances.
Pour moi, il y a dix ans, c'était une catastrophe.
J'aurais mieux fait de comprendre que c'était un miracle.