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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 21:37

Bon, aujourd'hui ce sera long... Je ne sais pas si vous pourrez tenir jusqu'au bout... Je me lance.

 

Aujourd'hui, préparation de Toussaint oblige (oblige, je m'entends), l'Homme et moi avons passé beaucoup de temps à discuter dans la voiture. (Pour voir la famille, il faut deux heures aller, deux heures retour, et solidement remplies de bla, et de bla, et de bla).

 

A l'aller, nous avons échangé sur l'adoption. Faut que ça se fasse, ces choses-là, et même parfois que ça se heurte.

Chose plutôt rare à la fin de la discussion, je crois que l'on s'est profondément compris et que la vision de l'autre a profondément amélioré la nôtre. Je m'explique.

La première partie du débat portait sur la nécessité pour l'enfant de connaître ses parents biologiques. Chez nous, pour adopter un enfant du pays, on passe par l'Office National de l'Enfance, qui accorde une place primordiale aux parents biologiques (sur leur site, quasi plus qu'aux adoptants). Cela m'avait profondément heurtée, et depuis que la démarche s'est mise en place dans ma tête, j'avais éliminé d'office cet organisme-là pour cette raison.

L'Homme, qui bosse dans un centre pour jeunes en souffrance, a d'abord rectifié assez pertinemment mon point de vue : je pensais "du côté maman" uniquement.

Il rencontre régulièrement des ados adoptés en crise profonde, non parce qu'ils en veulent à qui que ce soit, mais parce qu'ils sont dans une recherche de sens qui ne trouve pas de réponse. Un deuil qui ne peut pas se faire.

Sa position est donc plutôt de tout faire pour pouvoir offrir à notre enfant des racines (nous), mais également une réponse, même difficile, à la question de l'origine.

Je résume mal, mais j'ai ressenti physiquement un franc qui tombait dans ma cervelle noyée par la peur que mon (potentiel) futur enfant me quitte...

 

De son côté, il a compris mon empressement à commencer des démarches : j'ai toujours voulu adopter, et je ne souhaite pas que l'adoption soit "une solution si le reste ne fonctionne pas". Je voudrais vraiment intégrer la demande d'adoption au milieu de notre démarche de désir d'enfant... Et j'ai vu le franc tomber chez l'Homme...

 

 

 

Au retour (normal, je venais de faire la tournée des tombes), j'ai compris pourquoi la question de la maternité était un tel défi pour moi. Je m'explique.

J'ai perdu ma maman tôt (d'où ma passion pour la cuisine, lien logique par ici ).

Ma maman, outre l'effet positivant évident de sa disparition, était un être vraiment à part. Atteinte de polyo à la fin de la guerre, elle n'a pas été très bien soignée et en avait donc gardé une paralysie modérée du visage et une scoliose quasimodesque. Ce qui ne l'a pas empêchée, même venant d'un petit village où le rôle de la femme se limitait à chercher un mari à qui cuisiner des plats en sauce, d'étudier la géologie et d'être à tous les fronts (festifs et intellectuels) jusqu'à 36 ans, âge où elle a pris de front mon éducation (dont je n'ai pas eu assez le temps de la remercier).

Voilà déjà un sacré défi à relever : même en 2010, sans souci de santé, être ce qu'elle a pu être dans les années 70.

 

Deuxième défi : ma marraine. Epouse d'un artiste illuminé, elle est devenue veuve à 30 ans : son mari, schizophrène, s'était asphyxié. Elle lui est restée fidèle, n'a jamais eu d'enfant, et a pris au départ de maman une relève dont peu se montreraient capables.

Malheureusement, elle n'a pu le faire que pendant un an, terrassée en quelques jours par un crabe qui lui dévorait la matrice. Quand je choisirai une marraine, qu'elle sache à quel point je lui fais confiance...

 

Troisième défi, et non des moindres : Mamamy, qui n'est pas ma grand-mère, mais ma nounou. Au décès de maman, elle est devenue ma tutrice. Pour mes 17 ans, parce que la vie avec mon père et mon frère (il est handicapé et noie le chagrin de s'en rendre compte dans de la mauvaise bière) devenait difficile, je suis partie vivre chez elle. Elle a ramassé les morceaux, les a recollés avec amour et patience dans une gratuité sans faille.

Il faut dire qu'elle a consacré sa vie à aider tous les bras cassés du coin, à élever ses quatre enfants dans l'idée que tout pouvait arriver par l'amour, et tous, à 30 ans passés, c'est dans ses bras qu'on allait chialer.

Elle disait que j'étais sa fille avec un profond respect pour ma mère.

Nous avons appris qu'elle allait mourir au moment où nous lui apprenions que nous allions nous marier. La vie, la mort, l'amour.

 

 

Tout ça pour vous dire que devant chaque tombe, je me suis juré que par respect pour l'immense amour que j'avais reçu triplement, je me consacrerais corps et âme à transmettre ce qu'elles m'avaient appris.

 

Je ne renoncerai jamais à être mère.

 

 

Si vous avez tenu jusqu'ici, bravo.

Sinon, demain, promis, un dessin humoristique : ça devrait pas louper, demain c'est Clomid party.

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Published by Radiographie d'une PMA - dans Mes secrets
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commentaires

minia 03/11/2010 20:27


Oui oui mes psys (la classe j'ai plusieurs psys!! la mienne et celle de la PMA ... OK moins classe) m'ont effectivement dit de ne pas aller dans les détails glauques mais d'axer sur les côtés
positifs de l'histoire: la résilience comme tu dis, la force de caractère, le fait d'avoir pu s'entourer de gens référents autre que tes parents...
Ici, c'est 4 entretiens psy (dont un individuel.. au secours) et 4 entretiens assistante sociale...en 9 mois .... ouais ouais légalement le délai ne doit pas dépasser 9 mois...franchement le mec
qui a pondu ce délai...du foutage de gueule moi j'dis...
Bisous et bon courageavec le clomid!! (j'ai eu de la chance ça ne m'a rien fait !! enfin de la chance ... tout est relatif j'aurais bien aimé que ça me fasse un bébé hein!!)


Radiographie d'une PMA 04/11/2010 00:50



9 mois, j'hallucine... Pondu par des psys en plus, merci le raisonnement...


On va y arriver Minia, la preuve : on est déjà arrivées jusqu'ici!!! Biou



C. 03/11/2010 09:30


Tu es riche de toutes ces femmes qui t'ont aimée.
De quoi aimer toi-même à l'infini...


Radiographie d'une PMA 03/11/2010 16:34



C'est ce que je crois aussi... Vivement que la nature (enfin, la nature PMA) m'en donne l'occasion...


Bious.



minia 02/11/2010 22:00


Hooo c'est beau, c'est fort...
Bien sûr que tu seras maman c'est obligé! Par la porte ou la fenêtre comme on dit...(hummm non non c'est pas la peine de chercher des trucs cochons là dedans...)

Vous avez commencé la procédure d'adoption? J'ai une histoire familiale pas glop et j'angoisse aussi des questions là dessus...


Radiographie d'une PMA 03/11/2010 00:02



Le retour de Miniaaa! :)


Merci  merci ! Pour l'adoption, on a tous les deux des histoires "à faire peur" mais je crois surtout qu'on va leur en mettre plein la gueule d'avoir réussi à être là où on est (je dis ça
pcq après des semaines d'angoisse l'Homme m'a éclairée en me disant que la résilience c'était à la mode chez les psy et qu'on en était la preuve :))


On n'a pas commencé mais une chose est sûre : on arrête d'écouter les récits glauques de gens qui connaissent des gens qui se sont fait refuser. Nous, on en connaît pas.


Chez nous il y a d'abord 4 sénaces d'info puis 3 entretiens psy puis dossier chez le juge, qui prend sa décision, puis attente... attente... attente... Mais la PMA m'a appris. :))


Biou



Cami 01/11/2010 23:59


Ben ça... Ton histoire est très forte, très émouvante.
Il y a un truc qui s'appelle la résilience, qui fait qu'on reste debout et apte à se battre malgré les coups durs : je n'y connais pas grand chose, mais il me semble que ton histoire parle de ça
aussi (surtout ta conclusion).

Ces épreuves t'ont façonnée, elles influenceront sans aucun doute la maman que tu seras : un mélange de ces trois figures maternelles, de ces trois amours maternels que tu as eu la "chance" de
trouver sur ton parcours.
Mais il y aura aussi une part indépendante de tout ça : la part de TOI, imprévisible et merveilleuse...
Tu seras à la hauteur de tout ça, sans aucun doute.

Et puis, à propos d'adoption : moment magique où on arrive à communiquer simplement, parce qu'il est prêt et qu'on est prête... les choses avancent à leur rythme, le chemin est long mais si plein
d'espoir et de promesses!

Je te souhaite de revenir dans un an, après une journée semblable, pour relire ton article en te demandant comment mettre en pratique ta promesse de fidélité avec ton bébé tout neuf qui dort dans
la petite chambre.
Ou dans deux ou trois ans, avec ton enfant pas tout neuf, que vous n'aurez pas fabriqué, qui joue déjà dans le salon avec son papa béat.
Ou avec les deux...

Bisou ma belle.

Ps : j'ai effacé au moins 10 fois au fur et à mesure que j'écrivais, j'espère avoir trouvé les mots justes pour exprimer ma pensée


Radiographie d'une PMA 02/11/2010 19:44



On lit en effet pas mal sur la résilience pour le moment avec l'Homme (histoire de se prouver qu'on va y arriver et de renverser tout ce qu'on nous opposera au moment des interviews pour
l'adoption :))


Pour le reste, Cami, je vous souhaite une béatitude équivalente aux mêmes moments... Que ce sera bon de partager nos merveilleux soucis ;)


T'embrasse, merci pour ton message



Isa 01/11/2010 18:06


J'ai tenu jusqu'au bout...mais non sans lacher une petite larme. Tu as beaucoup de courage.Je comprends l'importance de fonder ton foyer et d'y transmettre tout ce qu'elles t'ont donné. Tu vas y
arriver. Enormes bisous


Radiographie d'une PMA 02/11/2010 19:28



Je voulais pas te faire pleurer, Isa ;) Mais merci d'avoir compris le fond. Bisous.



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